Zootopie

ZootopiaHommage moderne à des classiques comme «Le livre de la jungle» ou encore «Robin des Bois», les studios Disney nous présentent leur nouveau film d'animation, Zootopie (Zootropia dans sa version originale). Suite à l'arrivée de John Lasseter promu directeur artistique chez Walt Disney Animation Studios, la firme confirme un nouvel âge d'or, marqué notamment par l'immense succès de «La Reine des Neiges». Aussi, la réalisation du dernier long-métrage est-elle confiée à deux réalisateurs qui n'en sont pas à leur premier coup d'essai et auxquels nous devons respectivement les récents succès Raiponce (2010) et Les Mondes de Ralph (2012). Un choix de collaboration qui s'avère judicieux puisqu'il nous offre un film d'animation bigrement réussi !
Célèbre pour son utilisation dans la fable, la représentation d'animaux anthropomorphes est très récurrente dans le cinéma d'animation. Impossible de ne pas citer les oeuvres géniales de Tex Avery ni les premiers personnages animés crées par Walt Disney : Oswald le lapin et son successeur Mickey Mouse. Aussi, le concept est cher au studio puisqu'il incarne l'essence de son succès et ne cesse d'être exploité dans nombre de ses films, jusqu'au décevant «Chicken Little» récemment. La conception d'un énième dessin animé Disney avec des animaux représentait donc un risque que les réalisateurs ont très bien perçu : il fallait pousser le concept plus loin et développer un film original. Pari réussi ?

Voir la bande-annonce du film.

Avec Zootopie, Disney amorce une nouvelle phase grâce à un univers riche et extrêmement abouti dans lequel les hommes n'ont jamais existé. Les mammifères se sont affranchis de leur nature sauvage et sont régis par les mêmes mécanismes de vie que les nôtres ; ils portent des vêtements, parlent et marchent sur leurs deux pattes. Quel plaisir d'animation! Chaque mouvement, chaque réaction propre à un animal est étudié et adapté à l'attitude et la démarche d'un humain. Pour autant l'animal conserve certains traits dominants de sa nature - comme les loups qui ne cessent d'hurler entre eux ou le nombre démesuré d'habitants vivant à Lapin-Ville - ce qui sert de point d'ancrage aux situations les plus drôles et absurdes. Sur ce point, la séquence avec les paresseux à la préfecture atteint son climax ! Les animaux sont aussi prétexte à souligner les dernières avancées techniques ; jamais pelage n'aura été rendu avec une si grande fidélité (aujourd'hui la fourrure de Sully dans Monstres et Cie fait pâle figure !).

Zootopie

Tous ces mammifères, petits et grands, prédateurs et proie vivent en harmonie à Zootopie, mégapole ultra moderne, rappelant les plus grandes capitales de notre monde et conçue pour des animaux. A la manière d'un film de Woody Allen, cette ville tient le « rôle » central du film, vers laquelle tous les points convergent. Elle est magnifiée par la profusion de couleurs, pleine de vie et d'effervescence et surtout par son organisation et ses trouvailles visuelles. Aussi, la séquence qui montre l'arrivée en train du personnage principal se révèle être l'une des plus belles du film. A travers le regard de Judy Hopps, nous traversons différents quartiers aux climats variables ; de la forêt tropicale aux montagnes glacées en passant par un désert. Toutes ces zones sont reliées à un centre-ville cosmopolite, centre névralgique où toutes les espèces se mélangent et qui consitue le terminus de ce voyage utopique. Une séquence qui mérite d'être regardée plusieurs fois tant elle fourmille de détails ; la ville semble adaptée pour chaque espèce, à toutes les échelles possibles.

L'histoire et les personnages de Zootopie n'en demeurent pas moins intéressants. L'équilibre et l'harmonie de la ville va justement être bousculé par l'héroïne de cette histoire, la jeune lapine, Juddy Hopps. Décidée à effacer tous les préjugés et à prouver que malgré sa petite taille « on peut devenir ce qu'on veut », elle fait son entrée dans la police de Zootopie. Après la disparition étrange d'une loutre, elle sera confrontée à une enquête qui l'obligera à faire équipe avec un petit prédateur, Nick Wilde, renard spécialisé dans les petites arnaques (le personnage est un mélange visuel de Robin des Bois et de Volt). Le choix d'associer deux petits mammifères tels que le lapin et le renard n'est pas anodin. Si le premier incarne l'animal naïf et faible, au contraire le second est le symbole de la ruse. Leur caractère les oppose, ce sont deux héros radicalement différents qui doivent collaborer et travailler ensemble. Zootopie a tout d'une comédie policière et possède tous les codes du buddy movie.

Le film s'inscrit ainsi dans la lignée des Mondes de Ralph et Les Nouveaux Héros, visant un public large à la fois féminin et masculin ; la nouvelle ère Disney s'adresse dorénavant à une culture geek. Aussi, tout au long du récit, nos amis Byron Howard et Rich Moore s'amusent à distiller de nombreuses références qui n'échapperont pas aux cinéphiles, sériphiles et même gamers. C'est drôle, gonflé, et parfaitement assumé. Disney ne se contente plus seulement de faire référence à ses propres productions mais à une culture populaire qui étend son public.

ZootopiaMais si Zootopie suscite le rire, le mérite du film est double puisque le propos qu'il porte derrière est fichtrement bien développé dans le récit. Par le règne animal, Disney transpose les discriminations raciales, sexistes et les préjugés moraux de notre époque. Alors que jusque là tous les animaux vivaient en harmonie, bientôt deux catégories vont se distinguer nettement : les proies et les prédateurs. La peur de l'autre passe par le supposé instinct primitif et hostile des prédateurs. Après les recommandations maladroites de Judy, Nick lui demande furieux « Alors tu n'as pas confiance en moi ? Et tu voudrais pour équipier un dangereux prédateur ? ». Ce reproche fait immanquablement écho à notre société. Aussi, le récit tend à penser que Nick dans la réalité tiendrait le rôle du policier noir à l'instar de Danny Glover dans l'Arme Fatale (le buddy movie par excellence !), alors que Judy incarnerait le « flic blanc ». Mais le personnage de la lapine devra également se battre contre les préjugés et stéréotypes puisqu'elle-même travaille dans un milieu essentiellement masculin et doit prouver au quotidien qu'elle n'a rien d'une mignonne peluche. Disney tient un double discours à l'adresse des adultes et des enfants auxquels seuls les films Pixar nous avaient habitués. Car même si les animaux conservent des caractéristiques qui leur sont propres, les réalisateurs s'amusent sans cesse à contrebalancer leur tempéramment. Ils créent des personnages avec des personnalités fortes et singulières. Le meilleur exemple reste le collègue de Judy, le tigre Clawhauser, qui n'a rien de menaçant mais au contraire semble quelque peu maladroit et toujours enjoué. Les personnages secondaires autour de notre duo de flics ne sont pas en reste. Chacun trouve sa place dans l'histoire, que ce soit le chef Bogo, le maire et son adjointe jusqu'au personnage de Gideon le renard et évoluent de manière cohérente faisant de Zootopie un univers crédible et réaliste.

Il faut également reconnaître la qualité du casting vocal original. Jason Bateman apporte ce côté cynique et mordant au renard en contraste avec la voix enjouée de Ginnifer Goodwin incarnant l'héroïne Judy. Mention spéciale à l'adjointe au maire Bellwether, avec sa voix douce et chevrotante ; petite brebis capable de débiter un flot de paroles conséquent en très peu de temps. La déception vient en revanche de la bande originale. Signée Michael Giacchino, compositeur avec lequel Byron Howard et Rich Moore ont déjà travaillé, aucune partition ne marque vraiment les esprits. La musique reste plutôt discrète tout au long du film.

ZootopiaPar ailleurs, nous pourrons noter quelques facilités de scénario dans l'enquête que mènent Judy et Nick, mais rien n'empêche le bon plaisir à suivre leurs investigations. Tout au long du récit, les réalisateurs s'amuseront également à pointer du doigt les dérives de notre société de consommation, notamment lorsque tous les actionnaires/rongeurs de chez Lhemming Brother (tous identiques jusqu'à leur manière de s'habiller) défilent les uns après les autres pour acheter une glace, la manger et la jeter à la poubelle en quelques secondes, dans un même geste mécanique. En 2000, Disney avait déjà tenté d'introduire ce ton et cet humour décalés avec l'anti-héros Kuzco, n'hésitant pas à créer des anachronismes et des références avec la société actuelle. Après un échec critique et commercial, le film demeure quelque peu oublié du grand public. Il est alors légitime de se demander si après sa sortie en salles, Zootopie marquera son empreinte dans le temps. Avec l'arrivée dans quelques mois du film de princesse Moana, et après le succès sans précédent de La Reine des Neiges, il reste à questionner sa place dans ce nouvel ère Disney.

A l'heure actuelle, Zootopie est en tout cas la confirmation d'une maturité accrue des studios, tant sur le fond que sur la forme, qui se vit dans l'instant avec un plaisir indicible. Byron Howard et Rich Moore parviennent à rester à la fois cohérent et fidèle à l'esprit de Walt Disney tout en s'affranchissant des oeuvres préexistantes pour apporter un souffle novateur aux studios. L'humour est omniprésent, c'est intelligent, c'est beau ! Ce nouveau-né des studios Disney a de quoi plaire au plus grand nombre, petits et grands, prédateurs et proies...

Yeah

A Zootopie, tout est possibleZootopie
De : Byron Howard, Rich Moore
Avec les voix de (VO) : Ginnifer Goodwin, Jason Bateman, Idris Elba, J.K. Simmons...

Date de sortie : 17 février 2016
Distributeur : The Walt Disney Company France 

Synopsis:  Zootopia est une ville qui ne ressemble à aucune autre : seuls les animaux y habitent ! On y trouve des quartiers résidentiels élégants comme le très chic Sahara Square, et d’autres moins hospitaliers comme le glacial Tundratown. Dans cette incroyable métropole, chaque espèce animale cohabite avec les autres. Qu’on soit un immense éléphant ou une minuscule souris, tout le monde a sa place à Zootopia !Lorsque Judy Hopps fait son entrée dans la police, elle découvre qu’il est bien difficile de s’imposer chez les gros durs en uniforme, surtout quand on est une adorable lapine. Bien décidée à faire ses preuves, Judy s’attaque à une épineuse affaire, même si cela l’oblige à faire équipe avec Nick Wilde, un renard à la langue bien pendue et véritable virtuose de l’arnaque …

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